Dans la continuité de son précédent projet TINP (This Is Not Punk), ce nouvel album marque l’ouverture d’une nouvelle phase artistique
Ton nom d’artiste sur cet EP est Audrey Henry, qui est aussi ton vrai nom. Pourquoi avoir choisi de ne pas « te cacher » derrière un alias cette fois ?
Ça n’a pas été quelque chose de réfléchi, plutôt intuitif. J’avais envie de reprendre mon identité de tous les jours parce que, comme tu le disais avec le mot “caché”, un pseudo ne sert pas seulement à dissimuler : il rend aussi un peu plus facile le fait de se mettre au service d’un concept. Là, j’avais vraiment envie d’affronter tout ça et d’assumer, en tant qu’individu, ce que j’ai envie d’exprimer.
No Venom in Paradise, sorti le 24 avril, est ton premier EP sous ton nom. Quelle est son histoire ? Comment s’est-il construit ?
J’ai toujours composé, même quand je travaillais pour d’autres en tournée ou en studio. J’avais plein de démos depuis longtemps que je voulais finaliser. L’idée, c’était d’aller au bout des choses : choisir une version, travailler jusqu’à en être heureuse, et sortir ces cinq titres. C’est aussi la première fois que je produis tout de A à Z. Avant, j’avais des complices pour le mix et le mastering. Là, j’ai tout géré seule, et ça avait du sens.
Tu écris, tu produis, tu chantes, tu joues… comment tu organises tout ça ?
Je ne l’organise pas haha ! Je fais du son tout le temps. À un moment, je me dis “ok, ça fait trop longtemps que je suis sur cette prod”, et je ne décroche pas tant que ce n’est pas fini. J’aime les concepts, donc je pense l’EP comme une histoire du titre 1 au titre 5. Je mets des idées de côté, je teste, j’essaie de ne pas me juger. Quand c’est le moment, ça se fait naturellement.
Tu parles beaucoup de chaos, de contrôle, de confiance, d’abandon… C’est quoi le fil rouge de cet EP ?
L’art a été mon moyen de m’ouvrir au monde extérieur. Ce n’est pas forcément autobiographique, mais j’aime raconter des histoires autour de la confiance en soi, du fait d’aller au bout de ses projets, d’être indulgent avec soi-même et avec les autres. On vit dans un monde où tout va vite, où il faut être carré. J’essaie de tisser un lien avec les autres à travers ça. Si ça peut aider quelqu’un comme certains morceaux m’ont aidée, c’est merveilleux
Le dernier morceau, Luck, est plus mélancolique. Qu’est-ce qui l’a déclenché ?
Pour moi, c’est le morceau le plus positif. Il parle du moment où tu décides d’aller au bout des choses. Est‑ce que tu attends la chance, ou est‑ce que tu avances comme une fourmi en laissant les choses se faire ? Ce qui m’a aidée, c’est la discipline, les rituels. C’est doux d’être constant avec soi-même. Luck parle aussi de suivre son chemin sans trop écouter les autres.
Tu imagines déjà une suite à cet EP ?
Oui, complètement. J’ai envie de sortir plein de prods, plein d’EP. J’ai aussi beaucoup d’idées visuelles. Cet EP, c’était pour montrer que le projet existe et que le nouveau chapitre commence. Je travaille déjà sur la suite.
Tu parlais d’indépendance. Comment tu gères ça dans le live et la suite du projet ?
Je veux rester réaliste. Je préfère présenter les choses une à une pour ne pas m’épuiser. Je pourrais faire une centaine de dates avec ce projet sans être fatiguée. Aujourd’hui, on sort un EP, on voit comment ça vit, et ensuite on démarche. Je suis prête à jouer, j’attends que certaines choses se confirment.
Sur scène, tu joues avec quoi ?
Machine, basse, micro. Et si je pouvais, j’en ramènerais encore plus ! Mais pour l’instant, en indé, c’est déjà très bien. J’aime garder une part d’adaptation, comme les DJs. La base est là, mais selon la scène ou la soirée, ça peut évoluer.
Et TINP dans tout ça ? C’est en pause ?
Non. J’ai remixé plusieurs morceaux de TINP pour les intégrer au nouveau set, et ça marche super bien. C’est la même personne derrière, donc c’est logique. J’avais aussi envie de ramener d’autres couleurs : un peu plus rock, un peu plus synthwave, des tempos plus lents ou plus rapides. TINP était plus conceptuel ; là, j’ouvre un peu.
Sur ton site internet on voit aussi que tu peins. Tu imagines des liens entre tes univers visuels et musicaux ?
Oui. Ça m’arrive d’amener des toiles en concert. J’aime montrer tout ce que je fais, parce que ça fait partie de moi. Je reste indépendante, je travaille avec des proches, et mes œuvres visuelles m’ont parfois aidée à garder une certaine radicalité artistique. Sur scène, je ne fais pas de performance visuelle en même temps, parce que j’ai déjà beaucoup à gérer. Mais je fais tous les visuels du projet, avec un complice pour les photos et le clip, Vincent Alvarez